ANALYSE D'UNE DEPECHE DE L'AFP

 

"Il fait grand soleil a Ramallah , mais les rues sont désertes et les volets des maisons clos , comme dans une ville fantôme. On n'entend que les grondements des vehicules militaires israeliens qui ont pris d'assaut la ville lundi avant l'aube . Une cinquantaine de chars , blindés et jeeps , appuyés par des hélicoptères de combat , ont envahi cette ville de 50.000 habitants dans la nuit avant d'encercler pour la troisième fois en un mois la moukataa , le quartier général du président palestinien yasser arafat et d'imposer un couvre-feu à la population . L'armée israélienne n'a rencontré aucune résistance. Sept ou huit chars sont déployés autour de l'enceinte de la moukataa dont les accès ont été bloqués par des carcasses devoitures , des barbelés et des dunes de sable . yasser arafat est à nouveau reclus dans son QG , qui avait été assiégé du 29 mars au 2 mai avant d'être à deux autres reprises investi par l'armée israélienne en représaille à des attentats palestiniens. Mais la moukataa n'est deja plus qu'un amas de ruines après le passage de l'armée le 6 juin : des batiments avaient été dynamités et des obus tirés en direction des appartements privés de yasser arafat. L'armée s'en est cette fois pris à trois ou quatre batiments à proximité de la moukataa. Un obus a notamment traversé le mur latéral d'un immeuble de béton blanc , laissant sur son passage un trou béant . Les coups de feu sont toutefois sporadiques . La place centrale , lieu de rassemblement et théâtre de nombreuses manifestations , est vide . Les commerces sont fermés . Les ambulances frappées du croissant rouge continuent de circuler prudemment , tous phares allumés. "Nous n'avons jusqu'à présent pas de problèmes avec l'armée " , dit karim osmar , un ambulancier. "Il n'y a pour le moment aucun blessé" , ajoute-t-il. Des journalistes se risquent de temps à autre à violer le couvre-feu , prenant cependant soin de circuler dans des voitures blindées sur lesquelles le mot "T.V" a été affiché bien en évidence , alors que des haut-parleurs installés sur des jeeps donnent l'ordre à la population de rester chez elle. Ca et là , en travers des rues , des blindés israéliens sont immobilisés. Six véhicules sont notamment postés le long de la route qui mène à Jerusalem , au sud . Un barrage y a également été érigé en toute hâte . Plus aucune voiture n'est autorisée à entrer ou sortir de la ville . Au détour d'une rue , soudain , apparaît une femme . Elle marche d'un pas pressé , son regard est inquiet . "Je dois rentrer chez moi" , dit-elle sans s'arrêter. Puis en se retournant : " Savez-vous s'ils sont ici pour longtemps ? Ils finiront bien par partir . Ils viennent faire du mal et ils repartent contents , c'est toujous comme ça" , proclamme cette femme âgée d'une quarantaine d'années. Sur la terrasse d'une maison , un garçon de 11 ans , mohammad , et sa soeur de sept ans , aïcha , regardent un bulldozer , surmonté d'un drapeau israélien qui claque au vent , retourner des carcasses de voiture comme des jouets d'enfant . Mohammad assure qu'il n'a pas " peur des soldats israéliens" . Mais sa soeur éclayte en sanglots en entendant une rafale de tirs au loin"

 

Analyse de cette dépéche de l'A.F.P. ( agence france-palestine ? )

 

Comme pour tout texte qui est soumis a une analyse , il convient de preciser certains points. Tout d'abord , ce texte est une depeche de l'afp , date du 24 juin 2002 . Si ce texte a ete choisi c'est parce qu'il est un magnifique exemple de ce qu'une depeche d'agence ne doit pas etre , parce que la partialite est claire et qu'il y a ici un grand nombre de points a analyser. Je tiens a signaler que le texte est cite tel quel , avec meme les fautes de syntaxe , de ponctuations etc...

En premier lieu il faut reconnaitre que son auteur se voit plus en ecrivain qu'en correspondant de l'afp . En effet le texte est n'est pas concis ( c'est le moins que l'on puise dire ) , de plus le nombre de details est exorbitant et le texte est romance avec des phrases inutiles comme "il fait grand soleil a ramallah" ou " surmonte d'un drapeau israelien qui claque au vent".
Ce type de phrase est plutot utilise pour poser une ambiance dans un recit , pour plonger le lecteur dans ce qu'il va lire et le lier emotionellement au texte . Il va de soi que ce n'est pas ce que l'on attend d'une depeche d'agence . De plus on voit des envolees de style avec presque des tremolos dans l'ecrit ( explication de la mauvaise ponctuation ?) . Les envolees lyriques de cette depeche arrivent presque au niveau de la designation de l'ancien dictateur de syrie par "le vieux lion de damas".La depeche finit d'ailleurs en apotheose avec la gamine qui "eclate en sanglots".

Il faut remarquer que dans cette depeche , 100 % des personnes citees sont des "palestiniens" . Pour eux on voit les mots : nous , karim osmar , ambulancier , femme , elle , je , agee d'une quarantaine d'annees , garçon de 11 ans , mohammad , soeur de sept ans , aicha . On voit clairement que ces mots qui servent a designer des etres humains , a humaniser les personnes dont on parle , le redacteur de ce texte va meme jusqu'a poser leur emotions : son regard est inquiet , eclate en sanglots ; ou les comportements : prudemment , d'un pas presse . Les "palestiniens " sont donc on ne peut plus humains , effrayes , decrit comme des humains souffrants.

Par contre lorsqu'il s'agit de parler des israeliens le style est different . Les mots utilises pour les designer sont : vehicules militaires israeliens , 7 ou 8 chars , l'armee israelienne , l'armee , des haut-parleurs installes sur des jeeps ( tout le monde sait que les haut-parleurs donnent tout seul des ordres ) , des blindes , vehicules , bulldozer , soldats israeliens.
La designation la plus humaine des israeliens se fait par le mot "soldats" , un soldat est un etre humain ( meme si dans l'inconscient collectif ce n'est pas specialement une personne tres humaine) .Tous les autres termes designent des vehicules militaires , les israeliens sont deshumanises , ce ne sont pas des humains mais des tanks , des bulldozers , des jeeps. De plus apres quasiment chaque mot comme l'armee , blindes etc... le mot "israelien" est accole. Il est interessant de constater que le terme "armee israelienne" revient plusieurs fois , le style quasi poetique de la depeche impose en general l'utilisation de synonymes pour eviter la repetition , or le mot "Tsahal" n'apparait pas une seul fois mais il est vrai que "Tsahal" est l'abreviation de "Tsvai Haganah Leisrael" soit Armee de Defense d'Israel .
Donc le redacteur de la depeche ne semble voir que des pauvres gens face a des tanks inhumains ( dans le sens ou l'etre humain est absent de ce cote ).

Il est par ailleurs interessant de constater que des rappels sont faits , le redacteur parle des precedentes incursions , avec meme le bilan et la liste de leurs "exactions" . On a une liste qui se veut presque integrale , avec le siege du dictateur arabe (avec les dates en prime !) , le nombre de fois que ce type d'action est accomplie et meme les cibles des tirs , dans ce cas je m'etonne de ne pas voir que c'est a ramallah que deux israeliens avaient ete lynches par la foule avec l'aide de la "police" d'arafat (cf photo) .

Les "temoignages" sont egalement revelateurs d'un certain parti pris , ainsi l'ambulancier declare :" il n'y a pour le moment aucun blesse" , decode cela veut dire qu'il faut s'attendre a ce que les soldats commettent des exactions et commencent a tuer des gens. La femme qui marche dans la rue ( malgre le couvre-feu donc elle sait qu'elle ne va pas etre abattue a vue) , celle-ci dit :"ils viennent faire du mal et ils repartent contents , c'est toujours comme ca" , le fait qu'il n'y ait aucune opposition a ce discours tend a dire qu'elle a raison , c'est un point de vue partial , c'est le droit de cette femme , mais il est du devoir du redacteur de la depeche de relativiser les dires. Je suis par ailleurs "surpris" de ne voir aucune citation venant du cote israelien , il n'y a dans cette depeche aucune citation du cote israelien expliquant l'action de Tsahal ni de temoignage ou de commentaires des soldats , la parole n'est accordee qu'aux seuls "palestiniens".

 

Exemple d'une redaction de depeche neutre sur cet evenement :

Tsahal est entre a ramallah lundi avant l'aube . La ville est bouclee et le couvre-feu instaure .L'armee israelienne s'est deployee autour de la moukataa , le QG d'arafat . Tsahal n'a rencontre aucune resistance et il n'y a eu aucun blesse.Cette incursion a lieu a la suite d'attentats commis en Israel .

Exemple d'une depeche qui aurait pu etre ecrite si le parti prit etait inverse :

A la suite d'attentats commis sur le sol israelien contre des civils par des terroristes arabes provenant de villes sous controle du dictateur yasser arafat , Tsahal est rentree dans la ville de ramallah , ville dans laquelle deux israeliens avaient ete lynches , brules , traines dans les rues par des voitures et rendus quasiment indentifiables. Contrairement a jenine pendant l'operation "mur de protection" declenchee suite aux attentats particulierement meurtriers et barbares pendant la fete Juive de Pessa'h . Il n'y eut aucune resistance et donc il n'y a pas eu de blesses. Afin d'empecher la fuite des terroristes et la possibilite que des kamikazes aillent commettre leurs forfaits a Jerusalem les routes sont bloquees par des barrages , le couvre-feu a ete instaure afin de permettre aux soldats de fouiller les batiments suspects , d'arreter les terroristes recherches laisses en liberte par yasser arafat mais aussi d'eviter tout attroupement permettant a des terroristes d'utiliser une foule civile comme bouclier pour harceler les soldats israeliens. Comme d'habitude les amulances ne sont pas soumises au couvre-feu bien que plusieurs d'entre elles aient servi pour transporter des terroristes , des explosifs et des armes.Un soldat israelien soupire :" les villes donnees par Israel au controle d'arafat sont devenue des nids de terroristes avec des tonnes d'explosifs et d'armes" , et que "le bilan d'Oslo a ete la mort de nombreux innocents israeliens." Ytzhaq , un autre israelien , en voyant claquer au vent le drapeau de l'autorite palestinenne sur la moukataa se souvient de tous ses amis et parents morts dans des attentats depuis les accords d'Oslo.


Annuaire